Le Désert est Assiégé

Supersoft [14-18]

PS035 / album LP 12" / 2018

The PS label orchestra is back for a wild parade, where dynamite flirts with the daisies. Puzzling.

L’orchestre du label est de retour pour une parade sauvage, où la dynamite flirte avec les marguerites. Déroutant.

 

Le Désert est Assiégé, 5e album de ce boys band hérétique en forme de quintette*, convoque ce tour de force mélodique, rythmique et harmonique qu’exige l’immersion musicale. Un siège de désert pour un retour en grâce de Sisyphe sous forme de tour de piste aventureux, où les morceaux s’enchaînent comme les contes de la folie EXTRA-ordinaire.

Car le scepticisme radical de ce collectif à géométrie variable ne le porte pas à proposer un programme clef en main, pas plus sur disque que lors de ses apparitions scéniques tonitruantes. Sa musique libre et exigeante propose au contraire un monde sans loi transcendante et sans idéologie triomphante. De la musique post-moderne pour enfant pas sage…

En route pour une avant-garde joyeuse, Supersoft [14-18] propose encore une fois un récital en bouillonnement fait de danses somnambulesques, de cieux éventés, d’apprivoisements de sax, d’apaisements vertigineux et de courses secrètes… Un langage construit album par album, tissant peu à peu ses liens afin de donner vie à un nouveau monde en chantier.

Souvent rangé dans l’introuvable fourre-tout des musiques ‘free’, Supersoft [14-18] met en oeuvre « l’art du presque« . Soit une subtile diagonale du flou, au service du mauvais genre. C’est l’improvisation qui donne sa force et sa raison d’être au groupe, par la mise en branle et l’accident, pour édifier peu à peu un chapiteau minuscule où les illuminations sont éphémères. Une musique de l’instinct et de l’équilibre, toujours sur le fil, qui fournit des enregistrements où tout naît et meurt d’un rien, où tout est fugace comme les sentiments des joueurs. Le royaume de l’inachevé…

Ces créations de morceaux instantanés sont captées au plus près, au plus vrai de ce que la musique peut produire d’interactions entre les musiciens. Plusieurs des morceaux présents sur ce disque ont été créés sous contraintes. Elles sont de tout ordre : mécaniques, pratiques, théoriques. La contrainte déstabilise pour mieux transcender, favorise l’oubli de la technique ou du savoir-faire, pour produire promptement un essai global. Un brouillon magnifique d’urgence…

Cecil Taylor disait que sa musique était « la célébration des forces vitales, l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Cet album lui donne raison car il constitue un grand terrain de jeu de noise, la belle noise jouée comme acte total. Le siège d’un infini désert…